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Cinderella | Bong Man-Dae



Hyeon-Su est une ravissante adolescente couvée par une mère qui n’a de cesse de préserver la beauté de sa fille en bonne chirurgien esthétique qu’elle est. L’enchaînement d’événements aussi étranges que terrifiants dévoilera en un crescendo d’horreur la vérité cachée sur les liens qui unissent les deux femmes.

Jeune réalisateur issu de la vidéo, Bong Man-Dae s’est surtout bâti une notoriété dans le domaine du cinéma érotique, dont le très abouti Sweet Sex And Love en 2003. Il s’attaque là à un domaine nouveau pour lui, mais le fantastique a depuis bientôt dix ans le vent en poupe en Asie suite au succès pandémique du Ring japonais. En prenant pour point de départ la chirurgie esthétique, il choisit un sujet complètement actuel et toujours polémique, façon astucieuse d’actualiser les histoires de fantômes. Cinderella est d’ailleurs sorti en salles au même moment que Time [1] lui aussi consacré au thème de la beauté fabriquée. Hyeon-Su (Shin Se-Gyeong)Un pitch initial qui laisse vite la place à une intrigue à forte connotation psychologique tendance « torturée », on s’en doutait un peu.

Jouant classiquement sur une opposition esthétique entre tons sombres, marron/verdâtre et couleurs tranchantes de la réalité quotidienne, le film de monsieur Bong sacrifie aux lois du genre, à savoir des effets choc savamment distillés pour maintenir l’intérêt, une montée en puissance de la tension dramatique au fil des révélations sur les personnages, l’utilisation massive de la pénombre des combles d’une grande bâtisse, sans oublier l’apport d’une musique efficace et bien dosée. Mais il dépasse ces qualités formelles pour proposer un oppressant huis-clos centré sur une relation mère-fille aussi fusionnelle que mortifère.

L’horreur devient prétexte à étude quasi-psychanalytique, les secrets de famille dévoilés s’avérant de fait beaucoup plus traumatisant que les vagues phénomènes surnaturels ou l’apparition attendue du spectre vengeur. La quête identitaire de Hyeon-Su répond à la culpabilité de plus en plus écrasante de sa génitrice, prisonnière de la logique égoïste d’un amour maternel aux frontières de la folie. Cinderella renvoie aisément au Dark Water de Hideo Nakata, ne serait-ce que par le choix final de la mère ou encore son approche ouvertement émotionnelle de la chose, mais il participe aussi à cette vague de long-métrages horrifiques coréens misant autant sur les dérèglements mentaux que sur le seul désir de faire peur. À l'atelier Depuis l’excellent et très analytique Deux Soeurs (2003) de Kim Ji-Wun, sont sortis Cello et The Wig (2005), oeuvres se voulant dérangeantes au possible. On pourrait parler ici de tendance lourde, émergence d’un véritable sous-genre horrifique, dont la télévision cherche également à récupérer les dividendes [2]. S’il s’avère moins malsain que ses deux prédécesseurs, le projet de Bong Man-Dae joue remarquablement avec le caractère perturbant de son propos, semant la confusion dans l’esprit du spectateur complice.

Tout en cédant au fantasme jubilatoire et bien compréhensible de trucider les insupportables jeunes écervelées uniquement préoccupées par leur apparence gravitant autour de Hyeon-Su, le scénario s’interroge plus sérieusement sur la notion de beauté et ses conséquences sur la structure de la personnalité. Une manière de démontrer une fois de plus la noirceur de l’âme humaine, sous couvert de pur divertissement, par ailleurs très maîtrisé.

Michel Boléchala, le 27 novembre 2007


Notes

[1] Ki-Duk Kim, 2006

[2] la mini-série Coma

  • Procès Douch  Le génocide khmer rouge enfin jugé
  • NANA // NANA 2 Ōtani Kentarō
  • Harcèlement Sexuel Chine et Japon, le cauchemar au royaume du riz
  • Unholy Women Amemiya Keita, Suzuki Takuji, Toyoshima Keisuke
  • Mishima Yukio Le Clou Qui Dépasse
  • Nuages Flottants Le Livre, Le Film
  • Foot-age de gueule Propagande ordinaire en Corée du Nord
  • Radio France vous emmène en Asie Japon et Chine
  • Reprises : Cat’s Eye 1983 -vs- 2010
  • Gosse de Peintre Visite de l’expo Kitano à la Fondation Cartier
  • Kitano à Cannes Outrage en compétition officielle
  • The First Chapter Locofrank
  • Ogon Batto/The Golden Bat Sato Hajime
  • Live in Geneva Merzbow (Akita Masami)
  • Happiness Hur Jin-Ho
  • Sparta Locals Sparta Locals
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