Sakamoto Ryūichi
Il y a des vérités imparables dans la musique japonaise. X Japan a tout piqué à Kiss, Hamasaki Ayumi est encore plus refaite que Gackt, Ueto Aya n’est pas dotée de dents mais de touches de piano… Sakamoto Ryūichi, lui, est un génie. L’auteur de ces lignes n’est pas un fan transi, non, c’est juste un fait inéluctable. Et pourtant, génie ou pas, Sakamoto est assez méconnu par chez nous.
À l’évocation de son nom, quelques hébétés érudits pourront vous répondre : « C’est pas ce mec qui a fait la musique de Furyo avec Bowie ! Oui, mais pas seulement ».
Même si Pascal Nègre et ses copines se bougent un peu plus le popotin question sortie de CD exotiques ces dernières années (les vieux de la vieille se souviendront avec effroi du temps de l’import pur et dur, quand les disques japonais coûtaient plus de 45€ pièce), choisir un compact de l’ami Sakamoto consiste un peu à sélectionner un seul bonbon dans un distributeur plein à craquer… Pas simple ! Heureusement, les compilations ne manquent pas. Ce triple CD, baptisé Chronological Collection 1978-1981, est une façon idéale de bien débuter et permet de retrouver un Sakamoto au mieux de sa forme avant qu’il ne débranche la totalité de ses claviers pour emprunter une autre voie, plus chaleureuse et humaine, et acoustique, et… chiante ! Ben oui, passer de l’électronique à la bossa nova, le sevrage fut brutal pour ses fans et beaucoup ne lui ont pas pardonné.
Revisitant sa carrière solo, ce florilège démarre avec l’intégral de l’album 1000 Knifes, qui fut le commencement de tout pour Sakamoto mais également YMO. 30 ans après, l’album est toujours aussi brillant, mélodique et une véritable claque dans la qualité et la technique d’enregistrement. Nous retrouvons les classiques Das Neue Japanische Elektronische Volkslied ou The End Of Asia, dont les différentes versions de cette dernière ne manquent pas suivant les époques et les live. Devant ces titres longuement étrennés par YMO en concert, on peut se demander parfois si Sakamoto n’a pas toujours été en solo. YMO n’était-il qu’un orchestre accompagnateur jouant ses chansons ? S’attaquant presque tous les styles musicaux de l’époque, passant de l’électronique expérimentale (Island Of Woods), au rock (I’ll Be There), au disco gentillet (E-Day Project), mixant tout cela ensemble parfois ; tantôt joyeux, tantôt triste, Sakamoto ressource et abreuve nos esprit et nous évoque des cascades de paysages et autres lacs limpides que nous avons tous bus un jour. Avec le troisième CD, on notera que, dès ses débuts, Sakamoto commençait déjà à s’intéresser aux rythmes exotiques, avec les titres A L’Entrada Del Ten Clar Eya, Fa La La La Lan ou Istampitta : Isabella, extrêmement déroutants et que beaucoup zapperont pour revenir à ses titres électroniques.
Sakamoto est trop fort et cette compilation, pourtant assez complète, ne révèle qu’un dixième de son œuvre. On ne peut passer sous silence son travail avec YMO ni ses dizaines de collaborations extérieures (The Kakutougi Session, RC Succession, David Sylvian, David Byrne etc.) Néanmoins, pour le néophyte un peu curieux désirant en savoir un peu plus sur lui, Chronological Collection 1978-1981 se révèle le disque idéal. De toute façon, comme tous les best of, ce n’est qu’une invitation à aller plus loin ensuite en cas d’atomes crochus. Avec tous les clowns que produit le Japon en matière de musique, les idoles stupides, le rock visuel grotesque, les poufs R&B retapées, les boysbands rasés et autres rappeux simiesques, nous pourrions croire que la J-pop n’est qu’une gigantesque poubelle rose à ciel ouvert. Et ce n’est pas tout à fait faux. Et puis on tombe sur des gens comme Sakamoto Ryūichi qui, d’un mouvement de bras, balaie toute cette crasse et impose de suite le respect et même plus de par son talent et sa maîtrise. Des musiciens comme lui, la France n’en a pas. Ça laisse songeur.
Sébastien Morand, le 14 juillet 2008

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