Alors que les japonais se désintéressent de la gestion de leur pays, où scandales de corruption, déconnexion des politiciens de la vie quotidienne, mauvaise gestion des retraites, et non-alternance politique minent des gouvernements qui se suivent et se ressemblent,CHANGE, tentative louable de créer un équivalent local de West Wing, a recueilli les troisièmes meilleures audience de l’année[1]. La permanente de KimuTaku serait-elle plus attractive que la calvitie de Fukuda et le rictus d’Asō réunis ?
Suite à la mort accidentelle d’un député de la région de Fukuoka et de son politicien fils, le cadet de la famille (Asakura Keita), professeur des écoles passionné d’astronomie interprêté par le célèbre Kimura Takuya[2] est contraint par des cadres du parti de remplacer au pied levé son défunt père lors des élections locales.
Épaulé par une équipe hétéroclite comme la TV japonaise les affectionne, à savoir un grand taciturne excentrique (Abe Hiroshi), une jeune bimbo pleine d’énergie (Katō Rosa) et une collaboratrice froide et dépassée par les événements (Fukatsu Eri), Keita atterrit dès le deuxième épisode dans le siège de Premier Ministre. Chevalier blanc de la politique au parlé franc et aux cheveux rebelles, le plus jeune homme politique du pays va se confronter aux dures réalités d’un milieu dans lequel il devra jongler entre manipulations, incidents diplomatiques mineurs, et immobilisme d’un système en place depuis plus de 50 ans.
Bien plus riche en rebondissements que la plupart des séries a succès de l’année écoulée,CHANGE tente une incursion dans un univers plus sérieux qu’à l’accoutumée mais ne nous épargne pas quelques uns des ressorts dramatiques préférés des équipes de scénaristes de séries télévisées (attraction/répulsion des deux héros, enfant gravement malade, confrontation de l’idéalisme au réel). On pardonnera cette fois. Simplement parce qu’une distribution soignée, un rythme efficace et des décors aussi réalistes contrebalanceront n’importe quelle musique pompeuse et rares impressions de déjà-vu.
Malgré les incohérences, on se prend d’affection pour ce héraut de la politique, pourfendeur des vieilles habitudes bureaucrates, des magouilles et autres décisions de complaisance. Keita incarne le véritable fantasme d’une révolution incarnée en une seule personne déconnectée du monde politique mais proche du citoyen, humaniste, simple, et surtout beau gosse. Le kokkai-ōji, ou « Prince de la Diète » nous donne l’envie d’y croire l’espace d’un instant entre deux éclats de rires face relents populistes de ses discours capilotractés.
Cours d’éducation civique simpliste, CHANGE a clairement surfé sur l’Obamania mondiale. Mais le « changement » tant attendu sera-t-il au rendez-vous ? Le mythe du l’homme providentiel tiendra-t-il ses promesses ? Réponse en une saison.
- CHANGE
- 2008
- http://wwwz.fujitv.co.jp/change/
