April Snow
© Pretty Pictures

Un accident de la route, un homme et une femme entre vie et mort. Leurs époux respectifs, dʼabord brisés par le chagrin, constatent rapidement quʼils sont victimes dʼun adultère avant de basculer à leur tour dans une relation amoureuse.

Le dernier film en date de Hur Jin-Ho conserve une évidente parenté, tant par la forme que par le fond, avec sa première réalisation Christmas In August. Si la discrétion feutrée typique de la manière du cinéaste évite tout pathos superflu, lʼinévitable liaison entre In-Su et Seo-Young baigne dans une élégante mais profonde mélancolie renforcée par lʼomniprésence thématique du deuil, autre renvoi à sa première oeuvre.

Comment naît le désir ? Peut-il se développer en dépit dʼun événement aussi terrible que celui vécu par les deux époux délaissés, ou à cause justement de cette situation dramatique qui finit par rapprocher deux êtres parfaitement étrangers lʼun à lʼautre au départ ? Question sans réponse qui renvoie les deux couples dos à dos, les nouveaux amants devenant parfait miroir des deux accidentés, si aisément haïssables semblait-il, mais à la passion sans doute non moins sincère. La caméra nʼémet jamais le moindre jugement, préférant se focaliser sur la naissance inéluctable du désir amoureux. Sans le moindre excès démonstratif, les scènes dʼamour entre In-Su et Seo-Young dégagent dʼailleurs une puissance émotionnelle rare, en plus dʼune authentique sensualité. On pourrait évoquer In The Mood For Love dans un registre inversé : là ou Wong Kar-Wai se livrait à un brillantissime exercice de style moite et séducteur autour dʼun couple se découvrant trompé, sur un thème similaire April Snow sʼavère une variation hivernale à la perfection glacée, tout aussi inspirée et efficace. Le climat pesant, sinon oppressant à force de tension contenue semble se dissiper lors de la dernière séquence renvoyant au titre, la fameuse neige dʼavril.

Si cette ouverture finale représente un salvateur happy end, elle peut facilement être associée à la fugacité du phénomène climatique qui lʼaccompagne, soulignant son caractère exceptionnel, éphémère éclaircie dans une relation si lourde à assumer. La musique, dʼune tranquille sobriété, sait se faire oublier pour souligner au moment voulu la tristesse latente du sujet, porté par deux interprètes en état de grâce, entre un Bae Yong-Jun à lʼétrange physique Lenonnien (père ou fils) et une Son Ye-Jin au visage plus angélique que jamais. Dans le paysage déjà fort encombré du mélodrame coréen, lʼoeuvre de Hur Jin-Ho garde une cohérence que renforcera sûrement cette élégie subtile dʼun sentiment éternel.

3 juin 2006 Aucun commentaire
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  • 외출
  • Corée du Sud 2005.
  • Pretty Pictures (2006)
  • Avec Bae Yong-Jun et Son Ye-Jin.