Air Doll
Air Doll ©Océan Films

Un homme solitaire partage sa vie avec Nozomi, une poupée gonflable. Celle-ci prend soudainement vie et part découvrir le monde qui l’entoure, pour le meilleur et pour le pire…

On n’attendait pas Koreeda Hirokazu dans un tel registre, apparemment plus propice à la pure exploitation qu’à de supposés questionnements existentiels. Un septième long-métrage[1] nettement plus léger que les œuvres qui ont assuré sa réputation, même si le cinéaste semble désormais vouloir s’accorder des récréations cinématographiques entre deux projets “lourds”[2] sans pour autant trahir sa manière habituelle.

Air Doll ©Océan FilmsAdaptation du manga éponyme signé Gōda Yoshiie[3]Air Doll se veut un conte philosophique teinté d’onirisme, abordant les thèmes récurrents dans la filmographie du metteur en scène : solitude, perte, identité. Si Koreeda ne masque jamais le caractère un tantinet glauque de la situation de départ, ce n’est pas vraiment la psychologie du héros masculin qui l’intéresse mais bien celle d’une créature qui naît à la vie et doit pour le coup se confronter aux dures réalités de l’existence humaine. Nozomi, nouvelle candide au charme désarmant, va déambuler au gré de ses découvertes et de rencontres hasardeuses. L’occasion de s’éloigner des clichés attendus de la mégapole branchée mais anxiogène, notre air doll évoluant dans un décor paisible superbement filmé. Les tons pastels d’une douce luminosité et une musique discrète fort appropriée finissent de polir le joli décorum.

Air Doll ©Océan FilmsMais si beau soit-il, un tel écrin ne saurait faire à lui seul du bon cinéma. Le manque de consistance de l’ensemble saute en effet vite aux yeux, le culotté concept initial tourne en rond, et une durée excessive finit de décourager le spectateur le plus conciliant qui se retrouve face à une sorte d’archétype caricatural de film d’auteur rasoir. L’actrice coréenne Bae Doona[4] fait certes ce qu’elle peut pour apporter crédibilité à un personnage aussi vide que son enveloppe corporelle, mais en pure perte, tant les métaphores faciles et une philosophie de comptoir enfoncent les portes ouvertes du déjà vu. Pourtant, Air Doll dévoile en de rares moments une grâce qui laissera quelques regrets quant à ce qu’aurait pu devenir le projet. Lorsque, au cours de deux magnifiques séquences, la caméra survole furtivement le quotidien de chacun des protagonistes, donnant à voir une émouvante somme de solitudes se met à jour, une humanité pathétique ou touchante présentée avec l’empathie désabusée chère au réalisateur. C’est, hélas, à peu près tout, avant l’épilogue plus proche de la banale guimauve.

Étrange objet finalement que voilà, pétri de références cinéphiliques[5], évitant le voyeurisme graveleux sans tourner le dos à un réalisme cru[6], mais loupant le coche faute de scénario qui tienne la route sur deux heures de projection. Preuve que même un cinéaste aussi doué que Koreeda peut encore se planter en beauté.


  1. le film a été sélectionné au Festival de Cannes 2009 dans la catégorie Un Certain Regard []
  2. ainsi le surprenant jidaigeki (ou film d’époque) Hana Yori mo Naho sorti en 2006 entre Nobody Knows et Still Walking []
  3. Kūki Ningyō ou The Pneumatic Figure of a Girl, parution en 2000 []
  4. vue dans The Host en 2006 []
  5. à commencer par le sulfureux L’Empire Des Sens de Oshima Nagisa []
  6. voir les furtives mais nécessaires scènes d’accouplement de l’homme avec la poupée ou la vision d’un garçon solitaire se masturbant devant son écran []
14 avril 2010 Aucun commentaire
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  • 空気人形
  • Japon 2009.
  • Océan Films
  • Avec Bae Doona, Odagiri Jō et Arata.
  • www.kuuki-ningyo.com