Shinezine

Adresse Inconnue | Kim Ki-Duk



Dans la filmo du prolifique coréen, Adresse Inconnue marque une légère rupture de ton. Sans renier sa thématique tourmentée habituelle, Kim évacue ici toute approche esthétique superflue afin de mieux appuyer son propos. Film plus bavard qu’à l’ordinaire, il a pour héros principal Chang-Guk un jeune métis aussi sensible que baraqué, né d’un père afro-américain inconnu, rejeté par une petite communauté vivant aux abords d’un camp militaire américain.

Les habitants de cette contrée désolée sont des rustres, ne s’exprimant que par une violence dirigée autant contre eux-mêmes qu’envers autrui. La mère du jeune homme est passablement perturbée, son petit ami et patron Chang-Guk trafique de la viande de chiens, qu’il maltraite quotidiennement. Pendant ce temps, des petits voyous rançonnent un garçon timide amoureux d’une étrange jeune femme borgne elle aussi un peu allumée.

On le voit, le tableau est sinistre, le cinéaste ne privilégiant pas vraiment un personnage par rapport aux autres, il s’intéresse aux liens tissant cet univers loin de tout, Corée du bas où le moins que l’on puisse dire est que la présence américaine n’apporte rien de bon. Les GIs y sont soit paumés, soit manipulateurs ou dealers, totalement ignorants d’une culture locale qui le leur rend bien.

La quête identitaire de Chang-Guk ne peut qu’être vaine, le supposé père ne répondant jamais aux nombreuses lettres de la mère, à l’image des aspirations des autres protagonistes : la vision est ultra-pessimiste, pourtant l’humour décalé vient tempérer un peu le constat, tel ce trio à la queue-leu-leu affublé d’un pansement au même oeil. Vision saugrenue et paradoxale, la musique des Gymnopedies d’Eric Satie contrebalançant une bande sonore directe aux incessants aboiements de chiens ou de vrombissements d’avions US. Histoire de renforcer un peu plus le malaise, l’émotion débordant lors d’une bouleversante scène où le héros regarde la photo de ses parents et fond en larmes.

On pourra trouver cette oeuvre trop radicale, elle n’en reste pas moins un magnifique film qui appuie là ou ça fait mal.

Chronique publiée dans SHINE#3

Michel Boléchala, le 13 janvier 2007


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